Cover of The HBO Revolution
Sortie d'Usine · Volume III

The HBO Revolution

1997 – 2008
A. S. Cellier
Forthcoming

Published in French as La Révolution HBO. English edition not yet announced.

“Eleven years that dethroned cinema.”

As the networks plateau and cable spreads, HBO commissions David Chase to write a drama about a depressed mobster. The Sopranos launches a model: the showrunner as king, the straight-to-series order, television for adults.

From Six Feet Under to The Wire, from Deadwood to Game of Thrones, premium cable imposes a grammar the studios will have to imitate or endure. In eleven years HBO redraws American fiction and moves the auteur's premium from the movie theater to cable. Prestige migrates. Hollywood will never recover.

Format
Essay
Pages
134
Release
Forthcoming
Series
Sortie d'Usine
Languages
French

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Excerpt from The HBO Revolution

The book is published in French: the excerpts below are the original French text.

Excerpt from the book909 words · 4 min read
Chapitre I

Abc, nbc, cbs

Et le plafond nielsen

1994 — 1996

« Nous n'avons pas besoin d'être numéro un. Nous devons être différents. »

— Michael Fuchs, président de HBO, conférence interne du 14 mars 1995.

Le triumvirat épuisé, 1994-1995

À la fin de la saison télévisuelle 1994-1995, qui s'achève en mai 1995, les trois networks historiques de la télévision américaine, ABC, NBC et CBS, totalisent ensemble cinquante millions de téléspectateurs en moyenne aux heures de grande écoute. Quinze ans plus tôt, en mai 1980, à la fin de la saison 1979-1980, ils en totalisaient soixante-dix-neuf millions. La perte cumulée s'élève à vingt-neuf millions de téléspectateurs en quinze ans, soit plus du tiers de leur public historique. Cette hémorragie n'est pas accidentelle. Elle est mécanique. Elle est la conséquence directe de la pénétration du câble dans les foyers américains, passée de vingt pour cent en 1980 à soixante-cinq pour cent en 1995.

Les parts de marché individuelles des trois networks reflètent la même érosion. NBC, leader, plafonne à quatorze pour cent d'audience nationale en prime time. ABC suit à treize pour cent. CBS, distancé, recule à onze pour cent. Au total, trente-huit pour cent du public américain regarde les trois networks aux heures de grande écoute. En 1980, ce chiffre était de quatre-vingt-onze pour cent. Le reste, soit soixante-deux pour cent en 1995, regarde la Fox, le câble payant, le câble basique, les chaînes locales indépendantes, ou ne regarde pas la télévision.

Le câble basique a connu sa première vraie consolidation entre 1980 et 1995. Turner Broadcasting System, fondé par Ted Turner à Atlanta, a lancé CNN en juin 1980, TBS Superstation en 1976, TNT en 1988. USA Network, lancé en 1980 par Paramount et Universal conjointement, dépasse les soixante-quinze millions d'abonnés en 1995. ESPN, lancé en septembre 1979 par Bill Rasmussen avec le financement de Getty Oil, puis racheté ensuite par Capital Cities/ABC, atteint soixante-douze millions d'abonnés. MTV, lancé en août 1981 par Warner-Amex, dépasse les soixante millions. Discovery Channel, lancé en juin 1985, atteint soixante-six millions. Ces chaînes ne fabriquent pas encore de fiction originale ambitieuse, mais elles captent l'attention du téléspectateur.

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L'année 1995 voit basculer la propriété des trois networks dans un mouvement de concentration sans précédent. Le 31 juillet 1995, à New York, la Walt Disney Company annonce le rachat de Capital Cities/ABC pour dix-neuf milliards de dollars. Michael Eisner, PDG de Disney depuis septembre 1984, signe la transaction avec Thomas Murphy, président de Capital Cities. C'est, à cette date, la deuxième plus grosse acquisition de l'histoire de l'industrie médiatique américaine. L'opération est annoncée à la presse à neuf heures du matin, sept heures avant la sonnerie d'ouverture de Wall Street. L'action Disney gagne quatre pour cent à l'ouverture. L'action Capital Cities gagne vingt-six pour cent.

Le 1er août 1995, vingt-quatre heures plus tard, Westinghouse Electric Corporation, conglomérat industriel basé à Pittsburgh, annonce le rachat de CBS pour cinq milliards quatre cents millions de dollars. Michael Jordan, PDG de Westinghouse, conduit la négociation avec Laurence Tisch, propriétaire de CBS depuis 1986. La transaction est validée par les actionnaires des deux groupes en novembre 1995. CBS, fondé le 27 janvier 1927 par Arthur Judson et passé sous le contrôle de William Paley en septembre 1928, passe sous le contrôle d'un fabricant de turbines et de réacteurs nucléaires. La salle de rédaction de CBS News, à Manhattan, apprend la nouvelle par dépêche Reuters.

NBC, troisième pilier, est déjà depuis 1986 propriété de General Electric, qui avait racheté RCA, sa maison-mère historique, pour six milliards trois cents millions de dollars. Jack Welch, PDG de General Electric depuis 1981, ne vend pas. Il consolide. Bob Wright, nommé président de NBC dès 1986 quand General Electric rachète RCA, reçoit mission expresse de remonter les marges. Wright, ancien cadre de General Electric Plastics, ne vient pas du milieu télévisuel. Il introduit chez NBC les méthodes de gestion industrielle qui ont fait la réputation de Welch : Six Sigma, benchmarking, réduction des coûts fixes.

Les trois networks, à l'été 1995, sont donc tous trois propriétés de conglomérats industriels ou de divertissement. Aucun n'appartient plus à une famille fondatrice ou à une équipe de programmation indépendante. Les décisions de programmation sont désormais arbitrées contre des objectifs de marge trimestrielle imposés par des actionnaires institutionnels. Wall Street observe les chiffres Nielsen chaque mardi matin. Wall Street vend l'action lorsque les chiffres baissent. La programmation devient un sous-produit du cours de Bourse.

Les budgets de fiction originale en pâtissent immédiatement. Le coût moyen d'un épisode de série d'une heure produit pour un network en saison 1994-1995 se situe entre un million quatre cent mille et un million huit cent mille dollars. Pour une sitcom de vingt-deux minutes, entre huit cent mille et un million deux cent mille dollars. Ces budgets, qui n'ont pas progressé depuis 1988 en dollars courants, ont reculé d'environ vingt pour cent en dollars constants. Les commandes se limitent aux formats éprouvés : sitcoms multi-caméras avec rires enregistrés, procéduraux policiers d'une heure, drames médicaux, drames d'avocats.

Le format sitcom au sommet, NBC Thursday

À l'automne 1995, la grille NBC du jeudi soir constitue le bloc le plus regardé de la télévision américaine. NBC l'a baptisé Must See TV en juin 1993, slogan attribué à Dan Holm, promo producteur de NBC. La case s'étend de vingt heures à vingt-deux heures, soit quatre demi-heures de sitcoms suivies à vingt-deux heures par une heure de drame. Vingt heures : Friends. Vingt heures trente : The Single Guy. Vingt et une heures : Seinfeld. Vingt et une heures trente : Caroline in the City. Vingt-deux heures : ER. Cette grille de cinq programmes consécutifs capte chaque jeudi soir entre soixante-quinze et quatre-vingt-cinq millions de téléspectateurs cumulés.

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Excerpt from the book901 words · 4 min read
Chapitre III

David chase

Comment vendre Tony Soprano

1995 — 2007

« Je voulais faire un film sur un mafieux qui va voir un psy. Personne n'en voulait. »

— David Chase, Hollywood Reporter, mai 2007.

Le scénariste de Northern Exposure, 1990-1995

David DeCesare, dit Chase, naît le 22 août 1945 dans le Mount Vernon, banlieue de New York. Père quincaillier d'origine italienne, propriétaire d'un magasin à Verona, New Jersey. Premier cycle à NYU, puis MFA de cinéma à Stanford en 1971. Premier scénario vendu la même année, un téléfilm pour ABC, jamais produit.

Chase entre comme scénariste sur The Rockford Files en 1976. Quitte en 1980. Pige sur diverses séries jusqu'en 1989. Engagé sur Northern Exposure en 1992, série CBS produite par Joshua Brand et John Falsey. Chase travaille sur 47 épisodes entre 1992 et 1995. Producteur exécutif. Gagne deux Emmy.

À cinquante ans, Chase est riche et inconnu. Salaire annuel : 1,5 million de dollars. Maison à Topanga Canyon. Mais il n'a jamais réalisé son propre projet. Il développe en secret depuis 1988 une idée : un long métrage sur un mafieux du New Jersey qui consulte un psychanalyste à cause de crises d'anxiété.

Le scénario refusé par les networks, 1995-1996

Chase finit le pilote en mai 1995. Présente le projet à son manager Lloyd Braun chez Brillstein-Grey. Braun le propose à Fox en juin 1995. Refusé : trop violent, héros pas sympathique. Présenté à ABC en juillet : refusé. CBS en août : refusé.

Le pitch est simple. Un Italo-Américain de quarante-cinq ans, marié, deux enfants. Patron d'une famille mafieuse du New Jersey. Crises de panique à répétition. Consulte une psychiatre. Tente de concilier sa carrière, son mariage, ses meurtres.

Les networks refusent pour trois raisons. Premièrement, le héros est un criminel. Pas un policier qui combat le crime. Pas un avocat qui défend le faible. Un mafieux qui tue, qui trompe sa femme, qui ment à ses enfants. Pas vendable aux annonceurs. Deuxièmement, l'héritage de Goodfellas (1990) et The Godfather (1972) appartient au cinéma, pas à la télé. Troisièmement, le format thérapie est trop intellectuel pour le prime time.

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Lloyd Braun, désespéré, propose le projet à Chris Albrecht en janvier 1996. Albrecht lit le scénario un weekend. Le lundi matin, il appelle Chase. « Combien tu veux pour le pilote ? » Trois millions de dollars. Albrecht valide. Pilote tourné à l'été 1997.

Le pilote, juin 1996

Chase choisit James Gandolfini comme Tony Soprano. Gandolfini, alors trente-cinq ans, est un acteur de second plan, vu dans True Romance (1993) et Get Shorty (1995). Pas une star. Salaire pilote : 50 000 dollars.

Le casting du pilote : Lorraine Bracco comme la psychiatre Jennifer Melfi (Chase souhaitait initialement la voir jouer Carmela ; c'est Bracco qui insiste pour incarner Melfi). Edie Falco comme Carmela Soprano. Michael Imperioli comme Christopher Moltisanti. Steven Van Zandt (guitariste de Bruce Springsteen) comme Silvio Dante, premier rôle de sa vie.

Tournage à Caldwell, New Jersey, au domicile réel d'un commerçant qui prête sa maison. Budget pilote : 3 millions de dollars. Durée : 60 minutes. Chase réalise lui-même.

Le pilote arrive chez Albrecht à l'automne 1997. Albrecht le regarde seul dans son bureau de Bryant Park. Appelle Chase quelques jours plus tard. « Tu fais 13 épisodes. Tu as carte blanche. »

La commande de série est officialisée en décembre 1997. Chase obtient : showrunner exclusif (pas de network notes), final cut sur chaque épisode, 100 000 dollars par épisode plus participation aux DVD. HBO finance 13 épisodes à 2,5 millions chacun. Pas de pause publicitaire. Tournage en 1998.

La diffusion, 10 janvier 1999

The Sopranos commence le dimanche 10 janvier 1999 à 21 heures sur HBO. Premier épisode : 3,5 millions de téléspectateurs HBO. Pas un record. Audience inférieure à un épisode moyen de NYPD Blue (ABC) la même semaine. Mais l'audience progresse vite.

Épisode 5 (College, diffusé le 7 février 1999) : 4,9 millions. Tony Soprano emmène sa fille visiter des universités, et profite du voyage pour étrangler de ses mains un ancien membre de la famille reconverti en informateur. Pour la première fois à la télévision, le héros tue de ses mains, méthodiquement, et la séquence dure huit minutes. Pas de coupure publicitaire. Pas d'arrière-plan musical.

Dans les semaines qui suivent la diffusion du pilote, le New York Times s'enflamme. Stephen Holden, critique culturel du quotidien, écrit que la série « est peut-être la plus grande œuvre de la culture populaire américaine du dernier quart de siècle ». La formule circule, devient l'argument-clé d'HBO. Time Magazine fait sa couverture en avril, titre « Why You Should Be Watching The Sopranos ». Audience saison 1 finale (4 avril 1999) : 7 millions.

À la fin de la saison 1, HBO compte 22 millions d'abonnés. Avant Sopranos : 18 millions. La hausse représente 4 millions de nouveaux abonnements en treize semaines, soit 480 millions de revenus annuels supplémentaires.

Six saisons, 86 épisodes, juin 2007

Saison 2 (2000) : 8,9 millions de spectateurs en moyenne. Saison 3 (2001) : 11,3 millions. Saison 4 (2002) : 12,5 millions. Saison 5 (2004) : 11,5 millions. Saison 6 (2006-2007) : 8,3 millions, puis 11,9 millions pour le dernier épisode du 10 juin 2007.

Le dernier plan, fameux. Tony Soprano dans un diner du New Jersey avec sa famille. La porte sonne. Coupure noir sec. Pas de fin explicite. Vingt-deux millions de discussions sur Internet le lendemain. Chase refuse toute interview pendant six mois.

Bilan financier. 86 épisodes. Budget total estimé : 220 millions de dollars. Recettes HBO directement attribuables aux Sopranos (calcul interne) : 1,3 milliard. Vente DVD coffrets : 240 millions. Vente Syndication internationale : 380 millions.

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