Couverture de La Distribution des Rôles
Sortie d'Usine · Volume VII · Bilingue

La Distribution des Rôles

Comment Hollywood choisit ses visages
A. S. Cellier
À paraître
« Un rôle change une vie. Personne ne sait qui le donne. »

Derrière chaque nom au générique, il y a une chaîne que le public ne voit jamais : les directeurs de casting, les agences qui pèsent des milliards, les managers, les avocats, les publicistes, et les cadres de studio qui signent le chèque.

Ce livre démonte cette machine pièce par pièce. Les seconds choix devenus iconiques. Les refus qui coûtent une carrière. Les clans, les rivalités, les listes noires, les retours en grâce. Et le basculement d'une époque : quand la télévision est devenue le refuge des acteurs que le cinéma ne voulait plus.

De Bruce Willis à Johnny Depp, de Jerry Bruckheimer à Robert Downey Jr., trente-trois chapitres et soixante-treize fiches d'acteurs.

Format
Essai
Pages
309
Langues
Sortie
À paraître
Collection
Sortie d'Usine

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Extrait de La Distribution des Rôles

Extrait du livre902 mots · 4 min de lecture
Prologue

Été 1987, Los Angeles

Le service juridique de la Twentieth Century-Fox rédige une lettre. Elle part à New York, chez l'agent de Francis Albert Sinatra. Le chanteur a soixante-et-onze ans. Il n'a pas tenu un rôle principal au cinéma depuis quinze ans.

La lettre lui propose le personnage central d'un film en développement, adapté du roman Nothing Lasts Forever de Roderick Thorp, paru en 1979 chez W. W. Norton. Le livre est une suite. Il reprend le détective Joe Leland, personnage d'un premier roman du même auteur, The Detective, publié en 1966 chez Dial Press. La Fox avait adapté ce premier livre en 1968. Gordon Douglas à la mise en scène. Sinatra dans le rôle-titre.

Le contrat de 1968 contient une clause de premier refus. Si la Fox exploite un jour une suite du personnage, elle est juridiquement tenue de proposer le rôle à Sinatra en priorité. Vingt ans plus tard, le studio ne veut pas de Sinatra. Personne à la Fox ne l'envisage. Sinatra ne l'envisage pas davantage. Mais la clause existe. La lettre part.

Sinatra décline par retour de courrier.

Le casting reprend.

Treize noms sont approchés dans les mois qui suivent. Certains lisent le scénario, d'autres reçoivent une offre ferme. Clint Eastwood avait détenu, quelques années plus tôt, une option sur les droits ; il passe. Arnold Schwarzenegger refuse : il est engagé sur Jumeaux. Sylvester Stallone décline. Suivent Richard Gere, Burt Reynolds, Nick Nolte, Harrison Ford, Mel Gibson, Don Johnson, Richard Dean Anderson, Al Pacino, James Caan, Paul Newman. Aucun ne signe.

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En novembre 1987, Joel Silver et Lawrence Gordon, producteurs, envoient le scénario à un acteur qu'aucun studio ne prend au sérieux côté cinéma. Il a trente-deux ans. Il tourne la quatrième saison de Moonlighting sur ABC, aux côtés de Cybill Shepherd. La partenaire, enceinte de jumeaux, vient de mettre la production en pause pour onze semaines. La fenêtre est ouverte. Elle ne le sera plus.

L'acteur s'appelle Walter Bruce Willis. Né en République fédérale d'Allemagne, base militaire américaine d'Idar-Oberstein, mars 1955. Élevé à Penns Grove, New Jersey. Depuis 1986, il tourne des publicités pour les Golden Wine Coolers de Seagram, contrat estimé entre cinq et sept millions de dollars sur deux ans. À la télévision, il gagne environ cinquante mille dollars par épisode de Moonlighting, soit un peu plus d'un million de dollars par an. Il chante avec un groupe amateur, boit, court les fêtes. Aucun studio ne parie sur son cinéma.

La Fox lui offre cinq millions de dollars. Cachet fixe. Aucune participation aux recettes.

Le 16 février 1988, le New York Times publie un article intitulé If Willis Gets $5 Million, How Much for Redford ?, « Si Willis touche cinq millions, combien pour Redford ? ». Alan Ladd Jr., alors président de la MGM, y est cité par un seul mot : stunned. Sidéré. Le débat n'est pas artistique. Il est comptable. Un acteur de télévision, sans crédit cinéma majeur, reçoit un chèque supérieur à celui de la plupart des stars confirmées. Une règle non écrite se fissure : celle qui pose que la télévision ne paie pas comme le cinéma.

Le tournage se déroule de novembre 1987 à mars 1988. John McTiernan réalise. Le budget arrête aux environs de vingt-huit millions de dollars.

Le 12 juillet 1988, avant-première au Avco Cinema de Westwood. Le 15 juillet, sortie limitée sur vingt-et-une salles dans treize villes. Le 20 juillet, sortie nationale large. Le film s'appelle Die Hard. Il rapporte cent-quarante millions de dollars dans le monde. Il inaugure un personnage, John McClane, qui va redéfinir ce que doit être un héros d'action pour les trente années à venir : vulnérable, saignant, souvent seul, jamais invincible.

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Ce livre commence là parce que tout y est déjà.

La distribution des rôles à Hollywood n'est pas une affaire de talent. C'est une affaire de clauses, de dates, de refus. Une lettre envoyée par obligation juridique à un homme qui n'a pas tourné depuis quinze ans. Un scénario expédié à un acteur qui n'aurait jamais dû l'avoir. Un chèque qui fait scandale non pour son montant, mais pour la personne à qui il est adressé. Un héros qui doit sa carrière à la grossesse d'une actrice de télévision qui n'a jamais joué dans le film.

C'est ainsi que le métier fonctionne.

Il fonctionne encore comme cela aujourd'hui.

CHAPITRE 1. LE CASTING

Un rôle de premier plan à Hollywood passe par cinq étapes que le public ignore.

D'abord l'auto-tape (self-tape) : l'acteur se filme chez lui, dans son salon ou dans un studio loué, sur un fond neutre, éclairage plat, script tendu à côté du cadre. Trois minutes de vidéo qui remontent chez le casting director. Depuis la pandémie de 2020, l'auto-tape a supplanté la première lecture en présentiel. En novembre 2023, l'accord post-grève SAG-AFTRA a codifié ses conditions matérielles : quarante-huit heures minimum entre la réception du script et le rendu, huit pages maximum au premier tour, douze pages au rappel.

Deuxième étape, le rappel (callback) : l'acteur est convoqué pour une lecture en présentiel devant le casting director et un ou deux assistants. Il joue la même scène, parfois d'autres extraits, il reçoit des indications, il rejoue. Un ou deux tours. Éliminatoires.

Troisième étape, le test à l'écran (screen test) : filmé en studio, souvent en tenue, parfois maquillé, avec une équipe technique réduite. On teste la caméra sur le visage, la voix au micro, le corps dans le cadre.

Fin de l'extrait.