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Sortie d'Usine · Volume VIII

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Les architectes de la télévision américaine · 1960 – 1990
A. S. Cellier
À paraître
« Le nom qui passait à la fin, il est temps de le lire. »

Au générique de fin, une mention défile deux secondes. Created by. Personne ne la lit. Entre 1960 et 1990, une dizaine d'hommes, et quelques femmes tenues dans l'ombre, ont décidé chaque semaine de ce que l'Amérique regardait le soir.

Ils sortaient presque tous de la même adresse : Universal City. Quinn Martin y industrialise la série. Roy Huggins forme une génération entière. Stephen J. Cannell, Glen A. Larson, Donald P. Bellisario, Aaron Spelling et Steven Bochco bâtissent des empires que trois réseaux se partagent.

Ce livre remonte la chaîne de montage. Quatre-vingt-treize fiches rendent leur logo et leur créateur à des titres que tout le monde connaît.

Format
Essai
Pages
286
Langues
FR
Sortie
À paraître
Collection
Sortie d'Usine

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Extrait de Created By

Extrait du livre996 mots · 4 min de lecture
Ouverture

Février 1986. La télévision privée européenne s’ouvre aux séries d’action américaines à haute cadence. RTL Plus en Allemagne de l’Ouest, Canale 5 de Fininvest en Italie, plusieurs chaînes nouvellement autorisées en France diffusent en boucle Knight Rider, Airwolf, Street Hawk, The A-Team. Au générique de fin, une mention défile en bas de l’écran pendant deux secondes : Created by Glen A. Larson. Personne ne la lit.

Ce livre porte sur ces mentions. Sur les hommes, et les quelques femmes, dont le nom passait à la fin.

Ils sont une quinzaine à avoir bâti la fiction télévisée américaine de premier plan entre 1960 et 1990. Le grand public a mémorisé les personnages, les acteurs, les répliques et les musiques de générique. Il n’a pas retenu les producteurs. Le cinéma dit un film de Scorsese, le nom du réalisateur figure au-dessus du titre sur l’affiche. La série s’énonce sans auteur. Magnum. Columbo. Miami Vice. Comme si le produit sortait d’une usine sans ouvrier.

Il sort d’une usine. Il y a un ouvrier, un seul le plus souvent. Sur un long-métrage, un réalisateur commande deux heures et signe l’objet. Sur une série, le réalisateur change à chaque épisode : il arrive à la lecture de table, tourne pendant huit jours, repart. Le seul qui reste, du pilote au dernier épisode, c’est le producteur exécutif. Celui qui a inventé les personnages, fixé le ton, écrit la première page, refusé les scénarios, engueulé les scénaristes, tenu la chaîne à distance et le comptable aussi. Son nom apparaît à la fin. Created by.

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Le métier tient de l’artisanat. Un ancien officier des Marines qui a filmé des soldats toute sa vie. Un chanteur de variété reconverti, capable de vendre une série en une phrase et de piller le cinéma sans complexe. Un scénariste dyslexique qui tapait ses textes à deux doigts et qui deviendra romancier une fois riche. Des jeunes gens sortis du service courrier d’Universal, formés au métier en portant du café dans les couloirs de la Black Tower.

Ils livrent. Vingt-deux épisodes par saison. Une case à remplir le jeudi soir à 21 heures. Trois mauvais scores d’affilée, la série disparaît de la grille. Deux dates encadrent le livre. 1960. 1990.

Avant 1960, la télévision américaine bricole, à moitié en direct, recopiée sur la radio d’avant-guerre. Au tournant de la décennie, un producteur nommé Quinn Martin comprend qu’on peut fabriquer une série comme on fabrique une voiture. Chaîne de montage, pièces standard, marque reconnaissable au premier plan. QM Productions naît.

Trente ans plus tard, l’écosystème casse. Le câble multiplie l’offre. Les trois grands réseaux, ABC, CBS et NBC, perdent leur position dominante. Leur part cumulée d’audience en prime time passe d’environ 90 % en 1980 à environ 55 % en 1990. La télécommande, le magnétoscope et l’inflation du nombre de chaînes disponibles reconfigurent la consommation. Les fondateurs meurent ou raccrochent.

Entre les deux dates, un règne. Trois réseaux se partagent un pays de plus de deux-cent-vingt millions d’habitants. Une dizaine de producteurs décident chaque semaine de ce que l’Amérique regarde le soir. Derrière l’Amérique, une part importante du monde : Royaume-Uni, Australie, Canada, Allemagne de l’Ouest, France, Italie, Espagne, Pays-Bas, Brésil, Mexique, Japon achètent les mêmes titres et les diffusent avec un décalage de six à vingt-quatre mois.

Ces producteurs ne travaillent pas seuls. Ils passent presque tous par la même adresse. Universal City, colline nord de Los Angeles, quinze étages de verre fumé qu’on appelle la Black Tower. Le studio Universal Television, dirigé par Lew Wasserman puis par Sidney Sheinberg, produit à lui seul environ 40 % des heures de fiction primetime des trois grands networks en 1968. À l’intérieur, un département scénario centralisé, une banque de scripts recyclables, un système de mentorat de fait. Roy Huggins forme Stephen J. Cannell, Glen A. Larson, Donald P. Bellisario, Kenneth Johnson, David Chase. Sept futurs empires sortent d’un même couloir.

Le livre suit cette lignée. Il commence par le bâtiment : la Black Tower et sa méthode. Il continue par les pères : Quinn Martin l’organisateur, Jack Webb l’apôtre du procédural, Roy Huggins le parrain silencieux. Il traverse les héritiers : Cannell, Larson, Bellisario, Aaron Spelling, Steven Bochco, David Chase. Il ferme sur la génération de rupture du tournant des années deux-mille, celle qui invente la fiction dite prestige et qui referme l’ère fondatrice.

Une galerie. Une quinzaine de portraits. Quelques femmes laissées dans l’ombre par l’historiographie du métier. Des studios, des chaînes, des musiciens dont les mélodies circulent sans le nom de leur auteur.

Le nom qui passait à la fin, reste à le lire.

COLLECTION SORTIE D’USINE · CREATED BY Les architectes de la télévision américaine · A. S. Cellier L’ÉCOLE DE LA TOUR NOIRE Universal Television 1970. Un scénariste de vingt-neuf ans gare sa voiture sur le parking visiteurs d’Universal City, banlieue nord de Los Angeles. Devant lui, une tour de verre fumé de quinze étages, inaugurée l’année précédente. On l’appelle la Black Tower. Il s’appelle Stephen J. Cannell. Il vient signer un contrat d’apprenti à Universal Television. En vingt ans, cette adresse aura produit près de la moitié des grandes séries d’action américaines.

Universal Television est fondée en 1959 à partir de Revue Studios, la petite maison de production installée par Lew Wasserman dans les années cinquante pour fabriquer des demi-heures télévisées à la chaîne. En dix ans, elle change d’échelle. En 1968, Universal produit à elle seule environ 40 % des heures de fiction primetime des trois grands networks américains. Aucun studio n’a jamais atteint ce chiffre, ni avant, ni après. NBC, ABC et CBS achètent à la même adresse. La Tour noire, c’est le cerveau. Autour d’elle, sur près de cent-vingt hectares, s’étalent trente-quatre plateaux de tournage, un lac de studio pour les scènes maritimes, des back-lots reconstituant une rue de western, une rue de brownstone new-yorkaise, une petite Europe, un port, un aéroport. Trois-cents techniciens permanents. À n’importe quel moment entre 1968 et 1975, plusieurs dizaines de séries tournent en parallèle sur le lot.

Fin de l'extrait.