Cover of King Of
Legend · Volume I

King Of

Michael Jackson, the Man Beneath the Statue
Mary Leonard · Foreword by Allaj Sidibe
Coming in 2027

Published in French as King Of. English edition not yet announced.

“We were sold statues. Our job, here, is to look beneath them.”

Gary, Indiana, 1958. A steel-mill crane operator has ten children. One of them, the eighth, dances better than the others. A factory has just produced the greatest popular artist of the twentieth century.

Motown, Thriller, the Bad Tour. A hundred million albums, sold-out stadiums, the most famous man on earth. And already the statue closing in on the child.

1993, 2003, 2009. The accusations, the acquittal, the death in a rented bedroom. The machine that built the myth turns around and destroys it.

Contents
  1. The Factory
  2. The Summit
  3. The Body
  4. The Prince
  5. The Pack
  6. Epilogue · King of What
Format
Biographical essay
Pages
150 (luxe hardcover, 22 photos) · 107 (paperback)
Release
Coming in 2027
Series
Legend
Languages
French

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Excerpt from King Of

The book is published in French: the excerpt below is the original French text.

Excerpt from the book979 words · 4 min read
Prologue

Los Angeles, 25 juin 2009 La maison n’était pas la sienne. Il la louait. Cent, North Carolwood Drive, un manoir de location dans les collines de Holmby Hills, l’homme le plus célèbre de la planète dormait dans une chambre qui appartenait à un autre.

Il ne dormait pas, justement. C’était la guerre depuis des semaines. La nuit du 24 au 25 juin, il était rentré de répétition vers minuit et demi. Quelques jours plus tard il devait remonter sur scène à Londres, cinquante concerts à l’O2 Arena, tout vendu, le retour qui devait réparer une vie. Il fallait dormir. Il n’y arrivait pas.

À son chevet, un cardiologue à qui le contrat prévoyait cent cinquante mille dollars par mois pour une seule tâche, somme qui, d’après le procès AEG, ne lui fut jamais effectivement versée : le faire dormir. Lorazépam, midazolam, des noms de clinique dans une chambre à coucher. Rien ne prenait. Vers dix heures du matin il réclamait encore ce qu’il appelait son lait. Le lait, c’était du propofol, un anesthésiant qu’on n’emploie qu’au bloc, sous monitoring, parce qu’il coupe la respiration en même temps que la conscience. On le dilue à la lidocaïne pour qu’il ne brûle pas les veines. À dix heures cinquante, le médecin céda.

Ce qui suivit est documenté à la minute, parce qu’un tribunal a passé des mois à le reconstituer. L’homme s’arrêta de respirer. Le médecin, au lieu d’appeler les secours, passa des coups de fil. L’appel au 911 partit à midi vingt et une, et il ne vint pas du médecin : il vint d’un garde du corps.

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Les pompiers travaillèrent sur place, puis dans l’ambulance, puis une heure encore à l’hôpital de UCLA. Quatorze heures vingt-six. Cinquante ans.

Le légiste rangea la mort dans la case homicide. Le cardiologue serait condamné pour homicide involontaire, deux ans purgés sur quatre. Voilà pour les faits. Ils n’expliquent rien.

Car le même après-midi, pendant que la nouvelle courait le monde, deux endroits apprenaient qu’ils avaient perdu un fils. À Gary, Indiana, la ville-aciérie où il était né, où son père montait dans une grue de l’usine avant de rentrer dresser ses garçons, on mit en berne le drapeau de la mairie. Et à Krindjabo, un village du sud-est de la Côte d’Ivoire, on sortit les tambours du deuil. Dix-sept ans plus tôt, sous l’arbre sacré, ce peuple l’avait fait prince. Les Sanwi réclameraient son corps. Le corps ne viendrait pas.

Entre la chambre louée de Holmby Hills et la terre de Krindjabo qui le pleurait comme un prince, il y a tout ce livre. L’histoire d’un homme que l’Amérique a couronné pour avoir le droit, un jour, de le livrer à la meute, et qu’un royaume africain avait reconnu, lui, sans rien lui demander d’effacer.

On l’appelait le roi de la pop. On va voir de quoi, exactement, il fut le roi.

PREMIÈRE PARTIE — L’USINE

LA VILLE QUE L’ACIER A FAITE

Gary n’a pas poussé. On l’a fabriquée.

En 1906, la United States Steel Corporation, le plus grand groupe sidérurgique du monde, cherche où implanter une usine à sa mesure. Il lui faut de l’espace, de l’eau, une voie ferrée, un port. Les ingénieurs trouvent leur terrain au sud du lac Michigan, à une quarantaine de kilomètres de Chicago : une bande de dunes et de marais où ne vivent que des oiseaux. Avant l’acier, il n’y a rien. Pas une rue, pas une maison. Du sable, des roseaux, le vent du lac.

L’entreprise achète. Elle draine les marécages, comble, nivelle, trace les rues au cordeau sur le papier avant qu’un seul homme y marche. Elle dresse d’abord les hauts-fourneaux, les Gary Works, qui deviendront le plus vaste complexe sidérurgique d’Amérique du Nord, et seulement ensuite les logements pour ceux qui les feront tourner. L’ordre des choses est dit dans cet ordre-là : l’usine d’abord, les hommes après. Puis le groupe baptise sa ville neuve du nom de son président fondateur, Elbert Henry Gary, un avocat de l’Illinois qui n’y posera presque jamais le pied.

Voilà le berceau. Une ville qui porte le nom d’un homme qui ne la verra pas, bâtie par une entreprise, dans un seul but : nourrir un four.

Tout le reste découle de cette origine. À Gary, on ne vient pas au monde pour devenir quelqu’un. On y vient pour

entrer à l’usine. La ville est organisée autour des sirènes : le matin, elles appellent les équipes ; huit heures plus tard, elles les recrachent, la peau grise de poussière, l’odeur de soufre incrustée jusque dans la laine des vêtements. Les hommes entrent dans le métal comme une matière première de plus, on les fait venir, on les use, on les remplace. Le corps qui ne tient plus la cadence, on le change, comme une pièce.

Pendant un demi-siècle, le système fonctionne, et il fonctionne fort. Des années vingt au milieu des années soixante, Gary tourne à plein régime. L’acier coule, les payes tombent, la ville gonfle. Et de partout, on accourt pour une place devant le feu.

C’est ici qu’il faut comprendre qui vient, et d’où.

Au début, ce sont surtout des immigrés d’Europe de l’Est et du Sud, Polonais, Serbes, Italiens, qui peuplent les baraquements et les ateliers. Puis, à mesure que le siècle avance, arrive une autre vague, venue non pas d’outre-Atlantique mais du Sud profond des États-Unis. C’est la Grande Migration : entre 1910 et 1970, six millions de Noirs américains quittent les anciens États esclavagistes, le Mississippi, l’Alabama, le Tennessee, l’Arkansas, la Géorgie, pour fuir les lois Jim Crow, les lynchages, le travail de la terre qui ne nourrit pas, et tenter leur chance dans les villes industrielles du Nord. Gary est l’une de leurs destinations. On y monte par le train, avec une valise et une adresse griffonnée, vers la promesse d’un salaire d’usine et d’un peu moins de peur.

End of excerpt.