Couverture de King Mapother IV
Légende · Volume IV · Bilingue

King Mapother IV

Tom Cruise, la dernière dynastie d'Hollywood
Allaj Sidibe
Sortie courant 2027
« Comment un enfant dyslexique de Syracuse est-il devenu la dernière star qui ne triche pas ? »

Syracuse, 3 juillet 1962. Thomas Cruise Mapother IV. Un père qui bat, une mère qui cumule trois emplois, douze écoles avant seize ans, une dyslexie que personne ne diagnostique.

Top Gun, Rain Man, Mission Impossible. L'acteur sérieux. Le roi du blockbuster mondial. Puis, en 2005, la chute télévisée sur le canapé d'Oprah Winfrey.

Cannes, mai 2022. Les marches pour Top Gun Maverick. Quarante ans de carrière. La dernière star qui saute d'un avion sans doublure.

Sommaire
  1. L'enfant sans racines
  2. L'installation
  3. L'acteur sérieux
  4. Le roi
  5. La chute
  6. La résurrection
  7. Le nabab
Format
Essai biographique
Langues
Sortie
Courant 2027
Collection
Légende

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Le livre paraît en français et en anglais, en même temps.

Extrait de King Mapother IV

Extrait du livre911 mots · 4 min de lecture
Prologue

Cannes, 18 mai 2022

La Croisette est fermée depuis midi. Les barrières bleu marine tiennent la foule derrière les grilles. Palmiers coupés carré, marbre du Palais des Festivals cuit par le soleil, tapis rouge lavé une dernière fois. Il fait vingt-huit degrés. Le vent tombe. La mer bouge à peine.

On regarde les voitures noires qui remontent le boulevard, les journalistes cadenassés dans leurs enclos, les gyrophares qui glissent sans son. Sur les écrans installés aux terrasses, l'affiche de Top Gun Maverick tourne en boucle depuis le matin. La photographie officielle du festival : casque, combinaison de vol, regard hors cadre.

À dix-huit heures quarante-cinq, Tom Cruise descend d'une voiture. Costume noir, cravate fine noire, chemise blanche. Cinquante-neuf ans. Il ne fait pas signe à la foule. Il monte les marches sans se retourner. La sécurité française marche à cinquante centimètres de lui, six agents, deux devant, deux derrière, deux qui glissent en périphérie. Il connaît la chorégraphie. Il l'a inventée.

À l'intérieur, salle Louis Lumière. Deux mille trois cents places. La salle est pleine depuis trente minutes. Costumes, robes, plastrons. Vincent Lindon préside le jury cette année, il est au premier rang. Kelly McGillis n'est pas venue. Elle a dit à la presse qu'on ne l'avait pas rappelée pour le film. Sur scène, Thierry Frémaux ajuste ses lunettes. Il tient une enveloppe.

Frémaux parle en français puis en anglais. Il rappelle que la dernière fois que Cruise était monté à Cannes, c'était en 1992, pour la promotion de Horizons lointains. Trente ans. Il rappelle les films. Rain Man, Magnolia, Collateral, Eyes Wide Shut. Il ne prononce pas le mot star. Il dit acteur. Il dit producteur. Il dit une seule fois le mot légende, à la fin. Il ne bouge pas.

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La Palme d'honneur est posée sur un socle. Une main tendue. Frémaux la lui remet. Il la prend à deux mains. Il regarde la salle. Il ne parle pas. Il sourit. Un sourire qu'il a répété mille fois, celui qui découvre les dents mais ne va pas plus haut que les pommettes. Puis il parle. Il dit merci en français. Il dit qu'il a fait son premier film à vingt ans. Il dit qu'il ne pensait pas être là. Il dit qu'il fait des films pour le grand écran, pour cette salle, pour ces places. Il tient la Palme contre lui pendant qu'il parle. Il ne pleure pas.

Ce qu'il ne dit pas, c'est ce qui a précédé.

Il ne dit pas que le film qu'on va projeter aurait dû sortir en juin 2020. Que le Covid l'a bloqué. Que Paramount, à qui appartient le film, a voulu le mettre sur Paramount+ pour sauver l'abonnement. Que Cruise a refusé. Qu'il a refusé la sortie en salle limitée aussi. Qu'il a exigé une sortie mondiale, plein écran, partout, sur des dizaines de milliers de copies. Qu'il a fait décaler la sortie de deux ans pour attendre que les cinémas rouvrent. Qu'il a tenu tête à Shari Redstone et à Bob Bakish. Qu'à Los Angeles, à New York, à Paris, les exploitants attendaient ce film comme on attend une grâce. Des milliers de salles américaines avaient fermé pendant la crise. La MGM venait d'être vendue à Amazon. Warner avait mis ses films sur HBO Max le jour de leur sortie salle. Le monde disait que la salle était morte.

Cruise ne le disait pas. Il faisait le film.

La projection commence à dix-neuf heures trente. La bande-son gronde dès le premier plan. Deux minutes après le début, un vrombissement traverse le Palais. La salle croit que c'est le film. Ce n'est pas le film. C'est la Patrouille de France. Neuf Alphajet en formation serrée passent au ras du toit du Palais, bleu blanc rouge derrière eux, cinq cents kilomètres à l'heure au-dessus de la Croisette. On les entend d'abord comme un roulement, puis comme un déchirement, puis comme un souffle qui s'éteint. Ils enchaînent trois passages. Cinq minutes. Le film continue sans que la salle l'écoute vraiment. Certains applaudissent. La plupart ne savent pas s'ils rient ou s'ils pleurent.

Cruise, au deuxième rang, sourit sans que les caméras le voient. Il a payé la Patrouille de France de sa poche. Ce détail sortira dans Variety trois jours plus tard. Il ne le confirmera jamais publiquement.

Quand la projection s'achève, à vingt et une heures cinquante-quatre, la salle se lève. Pas par vagues, d'un seul bloc. Six minutes d'ovation. Six minutes debout. Cruise, un enfant de Syracuse New York qui n'a jamais gagné d'Oscar et qui a été renié publiquement par Sumner Redstone en 2006, se tient debout dans une salle française qui refuse de se rasseoir. Il applaudit l'équipe. Il applaudit Jerry Bruckheimer. Il applaudit Joseph Kosinski, le réalisateur. Il applaudit Miles Teller, Monica Barbaro, Glen Powell. À la sixième minute, Frémaux monte sur la scène pour rendre la salle à Cruise. La salle ne veut pas s'arrêter. Il pose la main sur son cœur. Il incline la tête. Il ne dit plus rien.

Six semaines plus tard, Top Gun Maverick a fait un milliard et cent millions au box-office mondial. À la fin de l'année, il en fera un milliard quatre cent quatre-vingt-quinze. Il sera le plus gros film de sa carrière. Aucune star vivante n'aura fait un milliard sur un film original, sans franchise Marvel, sans univers étendu, sans adaptation de bande dessinée, depuis dix ans.

Le cinéma en salle n'était pas mort. Il attendait quelqu'un qui accepte de mourir avec lui.

Fin de l'extrait.

Extrait du livre908 mots · 4 min de lecture
Prologue

Cannes, May 18, 2022

The Croisette has been closed since noon. Navy barricades hold the crowd behind the grates. Palm trees clipped square, the marble of the Palais des Festivals baking in the sun, red carpet washed one last time. It is eighty-two degrees. The wind is dying. The sea barely moves.

You watch the black cars ride up the boulevard, the journalists penned in their pits, the flashing lights that glide by without sound. On the screens set up above the terraces, the Top Gun Maverick poster has been looping since morning. The festival's official portrait: helmet, flight suit, gaze cast off-frame.

At six forty-five, Tom Cruise steps out of a car. Black suit, thin black tie, white shirt. Fifty-nine years old. He does not wave at the crowd. He climbs the steps without turning around. The French security detail walks half a meter off him, six agents, two ahead, two behind, two floating on the flanks. He knows the choreography. He invented it.

Inside, the Grand Théâtre Lumière. Two thousand three hundred seats. The room has been full for thirty minutes. Tuxedos, gowns, starched fronts. Vincent Lindon is presiding over the jury this year, seated in the front row. Kelly McGillis is not here. She told the press she was never called back for the film. On stage, Thierry Frémaux adjusts his glasses. He is holding an envelope.

Frémaux speaks in French, then in English. He reminds the audience that the last time Cruise walked up these steps was in 1992, for Far and Away. Thirty years. He runs through the films. Rain Man, Magnolia, Collateral, Eyes Wide Shut. He does not say the word star. He says actor. He says producer. He says the word legend once, at the end. He does not move.

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The honorary Palme sits on a pedestal. A hand extended. Frémaux hands it over. Cruise takes it with both hands. He looks out at the room. He does not speak. He smiles. A smile he has rehearsed a thousand times, the one that bares the teeth but never reaches past the cheekbones. Then he speaks. He says thank you in French. He says he made his first film at twenty. He says he did not think he would be here. He says he makes films for the big screen, for this room, for these seats. He holds the Palme against his chest while he speaks. He does not cry.

What he does not say is what came before.

He does not say that the film about to screen was meant to open in June 2020. That Covid stopped it cold. That Paramount, which owns the film, wanted to drop it on Paramount+ to prop up the subscriber count. That Cruise refused. That he refused a limited theatrical release too. That he demanded a global release, full screen, everywhere, on tens of thousands of prints. That he pushed the release back two years to wait for the theaters to reopen. That he stared down Shari Redstone and Bob Bakish. That in Los Angeles, in New York, in Paris, exhibitors were waiting for this film the way you wait for a reprieve. Thousands of American screens had gone dark during the pandemic. MGM had just been sold to Amazon. Warner had put its films on HBO Max the day they hit theaters. The world was saying the theater was dead.

Cruise was not saying it. He was making the film.

The screening starts at seven thirty. The score rumbles from the first frame. Two minutes in, a roar cuts across the Palais. The audience thinks it is the film. It is not the film. It is the Patrouille de France, the French Air Force's aerobatic team. Nine Alphajets in tight formation skim the roof of the Palais, blue-white-red trailing behind them, five hundred kilometers per hour over the Croisette. You hear them first as a rumble, then as a rip, then as a breath fading out. They chain three passes. Five minutes. The film keeps going without the room really listening. Some applaud. Most do not know whether they are laughing or crying.

Cruise, in the second row, smiles where the cameras cannot catch it. He paid for the Patrouille de France out of his own pocket. The detail will surface in Variety three days later. He will never confirm it publicly.

When the screening ends, at nine fifty-four, the room rises. Not in waves. In one block. Six minutes of ovation. Six minutes on their feet. Cruise, a kid from Syracuse, New York who has never won an Oscar and who was publicly disowned by Sumner Redstone in 2006, is standing in a French auditorium that refuses to sit back down. He applauds the crew. He applauds Jerry Bruckheimer. He applauds Joseph Kosinski, the director. He applauds Miles Teller, Monica Barbaro, Glen Powell. At the six-minute mark, Frémaux walks back on stage to hand the room back to Cruise. The room will not stop. He puts his hand on his heart. He bows his head. He says nothing more.

Six weeks later, Top Gun Maverick has done one billion one hundred million at the global box office. By the end of the year, it will hit one billion four hundred and ninety-five million. It will be the biggest film of his career. No living star will have done a billion on an original film, no Marvel franchise, no extended universe, no comic-book adaptation, in ten years.

Fin de l'extrait.